Algues

Qu’est-ce que l’Algoculture ?

Le 13 février 2023 , mis à jour le 16 février 2024 - 6 minutes de lecture
algoculture - culture des algues

L’algoculture ou phycoculture est la culture d’algues en grandes quantités dans des conditions contrôlées, à des fins commerciales et industrielles. Ce domaine comprend aussi bien les macro-algues (comme les algues de cueillette) et les micro-algues. L’objectif de cette pratique d’aquaculture est de produire des algues (destinés à la consommation animale ou humaine), des produits pharmaceutiques, des compléments alimentaires, des cosmétiques, des bioplastiques, des engrais et des sources d’énergie alternatives (biogaz). Les applications les plus récentes sont la nanobiotechnologie et le génie génétique, ou la séquestration du carbone par la biomasse.

L’algoculture en Bretagne

Plusieurs entreprises bretonnes ont acquis une expérience indéniable dans ce secteur d’activité depuis des décennies. Nous pouvons citer C-Weed Aquaculture à Saint-Méloir-des-Ondes, Algolesko à Loctudy ou encore Arvorig Solutions à Camaret-sur-mer.

Algoculture en Bretagne-Bezhin

Comment cultive-t-on les algues ?

L’algoculture peut être menée sur terre, en bassin avec de l’eau de mer ou dans l’océan sur filières. La culture des macro-algues nécessite une gestion et un contrôle tout au long du cycle de vie de l’algue. Celle-ci peut pousser, puis on la coupe et elle repousse. Ou bien, la culture nécessite le développement de “bébés algues” dans un environnement spécifique pendant plusieurs mois pour produire des adultes mâles et femelles.

La culture des algues demande un ensemble de conditions optimales, telles que le dioxyde de carbone, la lumière, les nutriments et les bonnes températures, pour permettre aux algues de se développer rapidement et efficacement.

 

Pourquoi cultive-t-on des algues ?

L’algoculture répond à une série d’enjeux environnementaux. La culture des algues est possible à grande échelle. Elle est considérée comme une alternative durable aux cultures traditionnelles pour l’agriculture. En outre, certaines espèces d’algues peuvent contribuer à réduire les incidences sur l’environnement en retirant le dioxyde de carbone de l’atmosphère et en produisant de l’oxygène.

Capture du CO2

Les algues sont d’étonnants puits de carbone. Elles sont capables de fixer le dioxyde de carbone et de libérer de l’oxygène. L’élevage d’algues est donc intéressant, car nous pouvons considérer chaque bassin comme un puits de carbone, qui a un impact positif sur l’environnement.

Une gestion responsable des ressources

L’algoculture offre une alternative de qualité à l’approvisionnement et évite la récolte intensive d’algues sauvages. Ainsi, toute l’année, elle permet d’accéder à une quantité fiable de cette ressource, et par conséquent, d’augmenter et de démocratiser la consommation d’algues.

L’algoculture permet une traçabilité totale des algues cultivées. La qualité de l’eau est contrôlée. Les algues issues de cette technique de production sont aussi bonnes que les algues sauvages. Tout dépend de l’endroit où poussent les algues sauvages. Contrairement à l’agriculture, la culture des algues n’utilise ni eau douce, ni engrais, ni pesticides.

La culture des algues en France

La France est le deuxième plus grand producteur d’algues en Europe avec une production annuelle d’environ 75 000 tonnes. Cette production provient en grande partie de la récolte des algues dans leur habitat naturel, soit en mer, soit sur le littoral. Les algues ne sont pas un aliment traditionnel. La demande des consommateurs, bien que croissante, est encore limitée.

De nombreuses lois européennes et nationales en limitent la commercialisation. Le processus de mise en place d’un projet de culture d’algues nécessite l’obtention de diverses autorisations administratives telles que des concessions sur le domaine public maritime, la possibilité de construire des fermes près du littoral, etc. Un porteur de projet français d’algoculture doit être soutenu par le CEVA (Centre d’Etude et de Valorisation des Algues) pour assurer le succès de son entreprise.

algoculture en bretagne Bezhin

Les débouchés de l’algoculture ?

Certains marchés, notamment ceux des alginates sont mondiaux et nécessitent une quantité énorme de matière première à un coût raisonnable. D’autres, notamment ceux de l’alimentation et de la nutraceutique, de la cosmétique ou de la pharmacie sont des marchés spécifiques à forte valeur ajoutée et ne nécessitent qu’une faible quantité de matière première. Les applications qui résultent du bio-raffinage sont principalement liées aux biotechnologies marines.

Les freins au développement de l’algoculture

L’algoculture est menacée par les dérives industrielles que connaît l’agriculture. La raison principale est le développement de monocultures à grande échelle, ultra-mécanisées, basées sur un petit nombre d’espèces très productives. Par exemple, le wakamé, introduit en France sans aucune précaution dans les années 1980, est ensuite devenu une espèce invasive. Selon Philippe Potin, directeur de recherche au CNRS et l’un des plus grands spécialistes français des macro-algues, il est essentiel de mettre en œuvre les recherches nécessaires pour reproduire une variété d’espèces locales. 

L’histoire de l’algoculture

Les premières traces de culture d’algues remontent au 16e siècle chez les Aztèques avec la culture de la Spiruline Arthrospira. En Europe, la première culture de microalgues a eu lieu aux Pays-Bas dans les années 1890. Les premières recherches sur la culture d’algues dans des bassins ouverts ont été menées par des scientifiques allemands pendant la Seconde Guerre mondiale.

Dans les années 1970, Israël, le Japon et l’Europe de l’Est étaient les principaux producteurs de biomasse à partir d’algues. À l’époque, celles-ci étaient cultivées dans des bassins ouverts pour produire de la nourriture. En Afrique et au Mexique, la culture de la spiruline a été développée avec cette méthode, notamment dans le lac Tchad et le lac Texcoco. En 1978, le choc pétrolier a incité les États-Unis à entamer des travaux sur la production de biomasse d’algues et sa transformation en biocarburants.

La culture des macro-algues s’est développée en Europe au cours de la dernière décennie en suivant les modèles de culture des pays asiatiques pour les variétés cultivées en milieu sauvage (comme le wakamé). La culture de macro-algues dans des bassins sur terre (en-dehors du milieu naturel) est plus récente.

algoculture en France-Bezhin

Ces derniers mois, plusieurs publications, dont celle de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), ont mis en évidence les nombreux avantages que l’on pourrait tirer du développement de l’agriculture utilisant des algues. La Commission européenne a lancé une initiative pour promouvoir les algues et la France a choisi d’inclure une section sur les algues dans son plan “Aquaculture du futur 2021-2027“. La Bretagne est la première région pour la production d’algues.

Articles complémentaires :

Sources

  • C-Weed Aquaculture
  • Algolesko
  • Arvorig Solutions
  • Bord à Bord
  • Reporterre
  • Ministère de l’Agriculture et de la souveraineté alimentaire
  • C.E.V.A. (Centre d’Etude et de Valorisation des Algues)
  • F.A.O. (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture)